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Les plateformes et l’IA grignotent-elles le budget formation ?
3 juin 2026 Twitter X   LinkedIn
Aude Dellacherie
COFOUNDER & CEO
Féfaur
Michel Diaz
Directeur de la rédaction
E-learning Letter
Le rapport Cigref-Asterès sur l’explosion des coûts cloud et logiciels met en lumière un phénomène qui pourrait bientôt affecter les directions formation. LMS, bibliothèques de contenus, copilotes IA, plateformes de coaching : les infrastructures numériques absorbent une part croissante du budget. Mais la question demeure : quelle est la valeur réelle de ces investissements ?

Le précédent des directions numériques

Les directions numériques tirent la sonnette d’alarme. Selon une étude du Cigref réalisée par Asterès, les DSI européens ont constaté une hausse moyenne de 8,7 % par an de leurs dépenses cloud et logicielles sur les trois dernières années. Plus inquiétant, ils anticipent une augmentation annuelle de 12 % sur les cinq prochaines années. Pour financer cette hausse, près de la moitié des organisations réduisent d’autres dépenses, tandis qu’un tiers augmente son budget numérique global au détriment d’autres investissements. Derrière ces chiffres se cache un phénomène plus profond : les infrastructures numériques captent progressivement une part croissante des ressources. Ce qui était hier un simple poste de support devient un centre de gravité budgétaire. Si cette évolution concerne d’abord les DSI, elle pourrait rapidement toucher les directions formation dont les modèles d’équipement suivent une trajectoire similaire.

Le même mouvement gagne la formation

En dix ans, le marché de la formation a connu une transformation majeure. Autrefois, les budgets étaient principalement alloués à la conception pédagogique, aux formateurs, aux dispositifs d’accompagnement et aux contenus. Les infrastructures techniques ne représentaient qu’une part marginale des dépenses. Aujourd’hui, les directions formation jonglent avec plusieurs couches technologiques : LMS, LXP, bibliothèques de contenus, plateformes de coaching, solutions de classe virtuelle, outils auteur, applications mobiles, suites RH intégrant des fonctionnalités Learning, sans oublier les nouveaux assistants IA. Chaque solution apporte une valeur potentielle, mais aussi une ligne budgétaire récurrente. Le passage massif au SaaS a bouleversé la nature des dépenses. Les investissements ponctuels ont cédé la place à des abonnements permanents, rendant les coûts prévisibles à court terme, mais beaucoup moins maîtrisables à long terme. Les responsables formation se retrouvent désormais confrontés aux mêmes défis que les DSI : comment absorber les hausses tarifaires ? Comment arbitrer entre les différentes solutions ? Comment évaluer la rentabilité réelle des investissements et des fonctionnalités ajoutées chaque année ?

L’arrivée de l’IA accélère la captation de valeur

L’intelligence artificielle accélère cette évolution. Les grands fournisseurs enrichissent leurs offres d’assistants, de copilotes, de générateurs de contenus et d’outils conversationnels. Ces nouveautés justifient des augmentations tarifaires. Pourtant, le rapport Cigref-Asterès révèle un paradoxe. 23 % seulement des personnes interrogées constatent des gains de productivité réels grâce à ces outils. Si une majorité perçoit un potentiel, elle peine à le quantifier. Certains observent même des effets limités, voire négatifs. Ce constat s’applique également à la formation. De nombreuses organisations expérimentent l’IA sans disposer d’indicateurs robustes pour relier ces outils à une amélioration mesurable des compétences, de la performance ou de l’engagement des apprenants. La question n’est pas de savoir si l’IA apporte de la valeur, mais si cette valeur progresse au même rythme que les dépenses engendrées.

Où se crée réellement la valeur ?

Le risque n’est pas technologique, mais économique. Une organisation peut disposer des meilleures plateformes du marché et pourtant stagner. La technologie n’est qu’un outil. Les compétences se développent grâce aux usages, aux situations de travail, aux pratiques managériales et aux dispositifs d’accompagnement. Lorsque les budgets sont absorbés par les infrastructures, les moyens pour agir sur ces leviers diminuent. Le rapport Cigref-Asterès montre que les organisations confrontées à des hausses tarifaires réduisent d’abord les autres dépenses numériques, puis les investissements, la R&D, les recrutements et les formations. Demain, ce pourrait être le cas des directions formation. À partir de quel moment une nouvelle plateforme apporte-t-elle moins de valeur qu’un programme d’accompagnement ? Depuis quel moment un copilote IA a-t-il moins d’impact qu’un dispositif de montée en compétences ciblé ? Ces questions, néanmoins centrales, restent rarement posées.

Mesurer autrement les investissements Learning

Les directions formation ont aujourd’hui une occasion unique de reprendre la main. Si l’enjeu était auparavant de démontrer l’utilité de la formation, il s’agit désormais de prouver la valeur des investissements technologiques qui la soutiennent. Cette évolution requiert de nouveaux indicateurs. Le nombre d’utilisateurs actifs, le volume de contenus consommés ou le taux de complétion ne suffisent plus. Les décideurs devront progressivement mesurer l’impact sur la performance, la rapidité d’acquisition des compétences, la réduction des délais de montée en maîtrise ou encore la capacité d’adaptation des métiers. Les technologies Learning ne seront plus évaluées sur leurs fonctionnalités, mais sur leur contribution à des résultats observables. Cette exigence constitue probablement la meilleure protection contre une inflation continue des dépenses numériques. Plus les directions formation sauront démontrer la valeur créée, plus elles pourront arbitrer leurs investissements avec discernement. À l’inverse, celles qui achètent des technologies sans mesurer leurs effets risquent de voir une part croissante de leur budget absorbée par des infrastructures dont l’utilité réelle demeure incertaine.

Source : étude Cigref-Asterès, De la dépendance technologique à la captation économique : ce que les hausses tarifaires du cloud-logiciel coûtent à l’Europe

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