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Monoprix : la formation se met à table
12 juin 2026 Twitter X   LinkedIn
Adeline Baral
Chef de service Pédagogie de la formation au sein de la DRH
Monoprix
Eva Sypsas-clysson
Responsable Pédagogique
Monoprix
Avec « Un dîner presque prêt », Monoprix a mobilisé plus de 10 000 collaborateurs autour du concept « Tout sous le même toit ». Un dispositif mêlant micro-learning, animation communautaire et défis terrain qui a permis de réduire les écarts de pratiques entre magasins tout en générant des résultats business mesurables. Entretien avec Adeline Baral, Cheffe de service Stratégie, et Eva Sypsas Clysson, Cheffe de projet.

Comment est né « Un dîner presque prêt » ?

Adeline Baral : Le point de départ, c'est un écart qui ne se réduisait pas. Les recommandations nationales étaient claires. Mais la capacité des équipes à construire une solution client complète, mêlant tous les univers, restait très inégale d’un magasin à l’autre. On aurait pu produire un guide supplémentaire. On a choisi une autre voie : concevoir un véritable dispositif de transformation, avec la force de conviction d'une campagne marketing.

Eva Sypsas Clysson : Ce changement de posture a tout conditionné dès la conception. Plutôt qu'un module isolé, on a construit un écosystème complet : une landing page dédiée, un groupe Teams animé en temps réel, des webinaires hebdomadaires, un kit de communication magasin, affiches, bannières, fonds d'écran, signatures mail, et une mise en avant sur l'intranet MyMonop. L'intention était claire dès le départ : les équipes devaient vivre un événement.

Pourquoi avoir misé sur l'alternance entre digital et terrain ?

Eva Sypsas Clysson : Le dispositif repose sur un rythme pédagogique structurant : un mois, quatre semaines, quatre profils clients, l'apéro chic, la soirée pyjama, le rush du samedi soir, le dîner en amoureux. Chaque jour, une micro-activité digitale courte et ciblée sur quelques messages essentiels. Chaque vendredi, un challenge terrain en magasin pour passer immédiatement à l'action. Les équipes testaient, ajustaient, photographiaient leurs mises en scène et les partageaient sur Teams. L'apprentissage ne s'arrêtait pas à l'écran.

Adeline Baral : C'est précisément cette boucle serrée entre apprendre et faire qui produit une transformation durable. Le concept « Tout sous le même toit » ne s'opère pas par la lecture d'une note interne : il demande un renversement de raisonnement, de la logique produit vers la logique de moment de vie. Croiser les univers alimentaire, maison, textile et beauté pour composer une réponse complète et inspirante, ça s'apprend en le faisant, pas en le lisant.

Quel rôle les managers ont-ils joué ?

Eva Sypsas Clysson : Les managers n'ont jamais été pensés comme de simples relais. Dès la conception, ils étaient positionnés comme de véritables animateurs de la transformation. On a travaillé leur posture en profondeur : passer d'une logique de contrôle à une logique de coaching, observer, valoriser les initiatives, donner du feedback constructif. Chaque semaine, un webinaire dédié réunissait plus de 200 magasins connectés simultanément pour partager les meilleures pratiques, faire le point et préparer la semaine suivante.

Adeline Baral : Ce qui a créé quelque chose d'inattendu, c'est la dynamique communautaire qui s'est construite autour de cette animation. Le groupe Teams est devenu un espace vivant : les équipes publiaient leurs réalisations terrain, commentaient celles des autres magasins, s'encourageaient mutuellement. Sans cette continuité multicanale, intranet, Teams, webinaires, kits terrain, le dispositif aurait risqué de s'essouffler après le lancement. C'est l'animation dans la durée qui a transformé un dispositif de formation en véritable mouvement collectif.

Que révèlent les résultats obtenus ?

Adeline Baral : Les résultats sont nets et documentés : +4 % de panier moyen et +4 points de NPS. Le premier traduit des achats complémentaires rendus naturels par une offre pensée comme une solution globale. Le second reflète des équipes mieux armées pour la vente conseil, et une expérience client perçue comme plus lisible, plus cohérente, plus inspirante. Ces résultats sont directement connectés à la transformation des pratiques, pas à un effet d'annonce.

Eva Sypsas Clysson : Ce qui m'a le plus frappée, c'est ce que les équipes ont produit spontanément : des photos créatives, des mises en scène originales, des échanges sur Teams que nous n'avions pas scriptés. Le taux d'interaction a atteint 80 % sur l'ensemble du dispositif. Les collaborateurs ne restituaient pas des consignes, ils s'appropriaient le projet et le portaient avec fierté. C'est ça, la vraie mesure d'une transformation réussie.

Adeline Baral : C'est cette capacité à connecter formation et performance business à grande échelle, auprès de plus de 10 000 collaborateurs, qui a été reconnue par le jury du Trophée Féfaur, récompensant l'innovation pédagogique. Une reconnaissance qui valide non seulement les résultats, mais le modèle lui-même.

Comment répliquer le dispositif à plus grande échelle ?

Adeline Baral : Quatre conditions sont non négociables. Rester ancré dans des situations de vie concrètes : chaque univers doit s'incarner dans un moment client réel, construire une silhouette en Mode, imaginer une routine de soin en Beauté, concevoir un espace en Maison. Maintenir l'articulation entre formation et action, parce qu'un micro-learning sans passage à l'acte immédiat ne produit pas de changement durable. Préserver l'écosystème 360° dans sa globalité : le déployer à moitié reviendrait à en sacrifier l'essentiel. Et continuer à investir dans le management, premier levier de toute transformation terrain.

Eva Sypsas Clysson : J'ajouterais une condition essentielle : traiter la formation comme une véritable campagne de communication interne. Le dispositif doit être suffisamment marquant pour continuer à vivre dans les esprits bien après sa clôture.

Propos recueillis par Michel Diaz

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