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CHRU de Brest : l’histologie s’apprend au plus près du geste médical
2 juin 2026 Twitter X   LinkedIn
Médecin pathologiste au CHRU de Brest et professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) en histologie, embryologie et cytogénétique, Matthieu Talagas a conçu le projet ECHELLE pour redonner du sens à l’enseignement de l’histologie. En articulant e-learning, travail collaboratif et immersion dans les pratiques professionnelles, ce dispositif transforme la façon dont les étudiants s’approprient des savoirs fondamentaux et se projettent dans leur futur métier de médecin.

Le projet ECHELLE part d’une volonté de rapprocher les apprentissages de la réalité médicale ?

Matthieu Talagas : Avant ce projet, l'enseignement de l’histologie (anatomie microscopique) était segmenté et transmissif, alternant cours magistraux et TD sans lien direct, sans projection dans la vie professionnelle. Difficile de donner du sens à l'histologie dans cette accumulation de connaissances ! Une majorité des étudiants n'assistait plus aux cours magistraux et se contentait des polycopiés de cours mis à disposition par des associations étudiantes. Finalement, un enseignement qui était peu efficace, parce que non propice à l'engagement, à la compréhension profonde, et à la projection dans l'exercice médical.

Vous avez structuré le dispositif ECHELLE autour d’un continuum entre travail autonome et présentiel…

Matthieu Talagas : Le premier temps en e-learning demande une autonomie qu'on estime apte à responsabiliser les étudiants qui savent bien que l’apprentissage en présentiel à suivre ne pourra être compris, et donc utile, uniquement si ces connaissances sont préalablement assimilées. De plus, un forum de discussion animé par l’enseignant permet aux étudiants de n’être pas seuls en cas de difficulté ou d’incompréhension. Le second temps, en présentiel, débute par la reprise des questions posées sur le forum : l'enseignant porte ainsi une attention particulière aux problèmes rencontrés (et donc aux étudiants). Ensuite, l'interactivité est fondamentale : les étudiants co-construisent et consolident activement leurs acquis. Ce continuum crée une spirale vertueuse : l'autonomie prépare l'interactivité, qui renforce l'autonomie.

L'effet est rapidement visible…

Matthieu Talagas : Les stratégies d'apprentissage relèvent d'un haut niveau taxonomique : élaboration, organisation, planification (contre le simple surlignage des cours auparavant). Le recours aux polycopiés est en forte baisse. Plus d'un tiers des étudiants reprennent les e-learnings après le présentiel. Le faible taux d’absentéisme constitue un autre argument. Les bénéfices de cet enseignement hybride se font en outre pour un temps de travail identique à celui des étudiants suivant un enseignement classique sous forme de cours magistraux.

La contextualisation clinique semble centrale dans votre approche : comment parvenez-vous à donner du sens à des savoirs fondamentaux dès les premières années d’études ?

Matthieu Talagas : L'ancrage visuel est important : la représentation in situ, dans un corps humain modélisé, permet de contextualiser l'enseignement. Les liens sont explicites avec la pratique : découvrir une lame virtuelle (coupe d’organe numérisée) comme le fait un médecin pathologiste au quotidien permet de comprendre un compte rendu anatomo-pathologique simple. L’anatomie pathologique est une spécialité médicale comparable à la radiologie, mais qui étudie à l’échelle microscopique les organes anormaux. L’anatomie pathologique s’inscrit donc dans la continuité de l’histologie, soulignant la nécessité de connaître et comprendre le normal pour comprendre le pathologique. Le geste professionnel est présent tout au long de cet enseignement, directement sur le serveur de lames virtuelles ou en présentiel sur le tableau interactif tactile qui s’apparente à un microscope géant. Les discussions qui s'ensuivent s'apparentent à des discussions entre collègues de travail qui partageraient et argumenteraient leur raisonnement. L’enseignant analyse la lame virtuelle avec les étudiants comme il le ferait au microscope dans sa pratique hospitalière. Cette contextualisation de l'enseignement est structurante dans la construction des savoirs.

Qu’est-ce que cela implique concrètement pour l’enseignant dans l’animation des séances en petits groupes ?

Matthieu Talagas : En commençant les séances par la reprise des questions posées sur le forum, l'enseignant répond d'abord à un besoin exprimé par les étudiants. Ensuite, l'enseignant ne délivre pas son cours, ne dépose pas ses connaissances sur la table, il questionne les étudiants pour les amener à verbaliser leur raisonnement et le rendre explicite. C'est une alternance entre une présence : l'enseignant pose des questions, et un retrait : les étudiants co-construisent les réponses. C'est aussi une façon de repérer rapidement les étudiants moteurs et ceux qui ont plus de difficultés. Cet accompagnement montre un réel intérêt porté à chaque étudiant. Le raisonnement élaboré en commun permet aux étudiants de lever les points de blocage qu'ils peuvent avoir. L'enseignant a donc un rôle de facilitateur de cette co-construction en orchestrant les interactions.

Quel est l’impact de cette approche sur l’engagement et les stratégies d’apprentissage ?

Matthieu Talagas : L’authenticité et la contextualisation permettent un investissement plus qualitatif des étudiants. Nous avons constaté une motivation accrue des étudiants qui se matérialise par un absentéisme très faible et un travail volontaire des ressources post présentiel. L'interactivité constante apparait ici comme un levier structurel ; présente dès les e-learnings, amplifiée en présentiel, elle facilite un enseignement différencié pour chaque étudiant. On s'aperçoit également que le transfert dans une pratique médicale nécessite une projection explicite et au-delà des examens. Ici, les étudiants ont conscience de développer des compétences professionnelles réelles alors qu'ils ne sont qu'en 2ᵉ ou 3ᵉ année des études de médecine. Ils travaillent pour apprendre au-delà de la seule réussite aux examens de fin d'année. Tout cela apporte une satisfaction accrue de l'enseignant, tant directement au moment des séances en présentiel où les échanges sont riches qu'en faisant le bilan, en prenant du recul sur cette pratique.

Une réussite collective…

Matthieu Talagas : Ce projet est né d'une volonté partagée par l’enseignant et les étudiants de modifier l'enseignement classique, autour d'une préoccupation commune étudiants-enseignant de contextualiser l'enseignement. C'est le fruit d’un travail d’équipe associant des enseignants, une ingénieure pédagogique et une psychologue sociale aux points de vue complémentaires et aux savoir-faire multiples. Ce projet est à l'image de cet enseignement : co-construit pour proposer quelque chose de riche, pertinent, efficace et apprécié.

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