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Armées : la formation numérique devient une obligation collective
18 FÉVRIER 2026
En 2026, le ministère des Armées s'est fixé un objectif de formation ambitieux : chacun de ses 270 000 agents — civils et militaires, de toutes catégories et de tous grades — devra avoir validé un niveau minimal de compétences numériques communes. Le dispositif mis en place par le Commissariat au Numérique de Défense et l'Académie du Numérique de la Défense est sobre : un référentiel de 80 compétences, des ressources en libre-service, une évaluation externe via Pix, une attestation opposable. Une mécanique dont le secteur privé (souvent dans la surenchère qu'entraîne la recherche de la meilleure expérience apprenant) pourrait s'inspirer ?

Du général au maître-chien

En 2026, chaque agent du ministère des Armées — 270 000 personnes — doit valider un « socle numérique » commun. Quatre-vingts compétences réparties en six domaines : information et données, communication et collaboration, création de contenus numériques, protection et sécurité, environnement numérique, intelligence artificielle. L'Académie du Numérique de la Défense (ADN), sous l'impulsion du Commissariat au Numérique de Défense (CND), déploie le dispositif : parcours e-learning de 8 h 30 en libre-service sur la plateforme ADN, modules Pix d'entraînement par domaine, campagne de validation en 1h30 avec attestation externe. Pas de dispense de grade, pas d'exemption de filière ; le plancher est le même pour le personnel de catégorie C et pour l'état-major. L'opération couvre des profils d'une hétérogénéité radicale : le marin embarqué, l'assistant de direction, le juriste, l'officier supérieur. Le ministère pose comme hypothèse de travail que la compétence numérique n'est pas affaire de métier — c'est une condition d'efficacité collective, transversale, non négociable.

Certifier, pas déclarer

L'inclusion de l'IA parmi les compétences de base — et non dans un cursus avancé — est un signal fort. Comme la sécurité numérique, priorité opérationnelle pour une institution dont la surface d'exposition aux cybermenaces est structurellement élevée. La séparation des rôles entre ADN pour la formation et Pix pour l'évaluation et la certification évite le biais d'autoévaluation interne ; elle confère à l'attestation une valeur opposable que peu de dispositifs internes peuvent revendiquer. Le ministère ne déclare pas une ambition, il la mesure. L'attestation Pix n'est pas un satisfecit interne : elle est produite par un opérateur public indépendant, sur la base d'un référentiel reconnu par l'État, et elle suit l'agent. Le dispositif laisse ouverte la question du taux de complétion réel sur les profils les moins autonomes numériquement — précisément ceux que le socle cible en priorité ; c'est là que se jouera concrètement la réussite ou l'échec de l'opération.

La sobriété comme stratégie

Le secteur privé segmente : formations ciblées pour les managers, modules optionnels pour les collaborateurs, certifications réservées aux équipes IT ; il multiplie les formats et les modalités pour mieux engager les apprenants. Le résultat est un écart structurel entre les populations qui maîtrisent le numérique et celles qui le subissent. La fracture ne se comble pas par l'offre ; elle se creuse par l'inaction. Le modèle défense tranche : la culture numérique commune est un bien collectif, le maillon le plus faible détermine le niveau réel de l'ensemble. Cette hypothèse est défendable dans n'importe quelle organisation où les flux d'information sont partagés, où les outils collaboratifs sont généralisés, où la menace cyber est réelle. Ce dont le ministère a fait fi interpelle : pas de grand plan de communication, pas de gamification spectaculaire, pas de présentiel de sensibilisation. Mais il est vrai que cette sobriété tient à une condition qui manque souvent au secteur privé : l'obligation fait le travail de motivation ! Pour les responsables formation en entreprise, le modèle n'est pas à copier — il est à décoder.

Ce qui se transfère — et ce qui ne se transfère pas

La contrainte hiérarchique ne se reproduit pas à l'identique dans une entreprise privée : l'obligation n'est pas négociée aux Armées, elle est notifiée. Aucun comité social et économique, aucune négociation de branche, aucun plan de charge à arbitrer. Ce levier est indisponible dans le secteur privé, et prétendre le contraire serait une erreur de lecture. Ce qui se transfère, en revanche, est l'architecture : un référentiel public, un outil d'évaluation externe, une attestation opposable, des ressources en libre service. Pix n'est pas réservé à la défense ni à l'éducation nationale ; des entreprises privées l'utilisent déjà pour certifier les compétences numériques de leurs collaborateurs, sans développement sur mesure ni budget éditeur. Le marché de la certification numérique en entreprise bifurque : les éditeurs privés ont longtemps occupé ce terrain sans concurrence institutionnelle sérieuse ; la montée en puissance d'un outil public, gratuit, adossé à un référentiel reconnu par l'État, change la donne. Les directions formation qui s'interrogent sur le ROI de leurs dispositifs de certification numérique ont désormais une alternative concrète, documentée, éprouvée à grande échelle. L'armée illustre ce que peut une « volonté politique » ; elle leur fournit également une amorce de boîte à outils.

Par la rédaction d’e-learning Letter

Commissariat au Numérique de Défense / Ministère des Armées

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