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Pour Elodie Primo, CEO de MOS-MindOnSite, la Skills-Based Organization marque une rupture avec les modèles traditionnels fondés sur les postes et les organigrammes. Derrière l'effet de mode se dessine une transformation profonde des pratiques RH, de l'évaluation des compétences, de la mobilité et de la formation. Si les plateformes et l'intelligence artificielle accélèrent le mouvement, la réussite dépend avant tout de la capacité des organisations à faire évoluer leur culture et leurs modes de fonctionnement.
La Skills-Based Organization, pour résumer ?
Elodie Primo : La Skills-Based Organization correspond à un changement profond de modèle d'organisation qui place les compétences au cœur des décisions RH. Au lieu de raisonner principalement en termes de postes ou de métiers, l'entreprise cherche à identifier les compétences dont elle dispose, celles dont elle aura besoin demain et les moyens de les développer. Cette évolution répond à une réalité : les métiers se transforment plus vite que les organigrammes. Dans un environnement complexe et imprévisible, la capacité à apprendre et à développer ses compétences devient un avantage concurrentiel majeur. La SBO vise donc à mieux aligner recrutement, mobilité, développement des talents et formation autour d'une vision plus dynamique des compétences. Mais elle ne doit pas être réduite à une simple cartographie. L'enjeu principal, c’est de savoir comment les compétences se développent, se transmettent et créent de la valeur collective.
Les organigrammes ne suffisent-ils plus ?
Elodie Primo : Les organigrammes reposent sur une vision du travail qui n'existe plus vraiment et sur une photographie relativement statique de l'organisation. Historiquement, l'équation était simple : un poste, un rôle, un périmètre et un ensemble de compétences. Aujourd'hui, cette logique montre ses limites. Les métiers évoluent rapidement et le travail devient de plus en plus transversal. Les collaborateurs mobilisent plusieurs compétences dans des contextes variés et contribuent simultanément à plusieurs projets. Les organigrammes restent des représentations administratives utiles, mais ils ne constituent plus des outils de pilotage suffisants. La SBO apporte une réponse en permettant de raisonner en fonction des compétences mobilisées pour répondre à un besoin plutôt qu'en fonction d'un intitulé de poste. Une même personne peut mobiliser des compétences différentes selon les missions auxquelles elle contribue. C'est ce que nous observons dans les organisations : une approche plus fluide, plus orientée projets et plus proche du travail réel. Cartographier les compétences ne suffit pas. Les organisations doivent également s'intéresser aux savoirs tacites, à la transmission entre pairs et à l'apprentissage dans le travail quotidien.
Quel rôle pour les plateformes ?
Elodie Primo : Elles jouent un rôle clé, celui d'accélérateur. Les plateformes permettent de gérer un référentiel de compétences partagé, de cartographier les compétences individuelles et collectives, d'associer les formations aux compétences, d'évaluer, de recommander des actions de développement adaptées aux besoins et de mesurer les progrès réalisés. Mais un point reste essentiel : la technologie ne crée pas la démarche, elle l'outille. Nous voyons encore des entreprises investir dans des outils « skills-based » sans avoir clarifié leur référentiel, leur gouvernance ou leurs usages. Elles se retrouvent alors avec une cartographie des compétences sans impact opérationnel. Les projets les plus matures sont ceux qui relient le LMS à l'ensemble de l'écosystème RH afin de créer une véritable continuité entre compétences, formation et employabilité.
L'IA change-t-elle la donne ?
Elodie Primo : Oui, bien sûr. L'intelligence artificielle permet notamment d'automatiser une partie du travail de cartographie et d'analyse des compétences. Elle peut identifier des proximités entre métiers, suggérer des compétences émergentes ou recommander des parcours de développement personnalisés. Elle facilite également l'exploitation de grandes quantités de données RH et Learning qui étaient auparavant difficiles à valoriser. Pour autant, restons lucide. L'IA ne résout pas les problèmes de fond. Si le référentiel de compétences est incomplet ou si les évaluations sont peu fiables, les recommandations produites le seront aussi. L'enjeu est certes technologique, il est avant tout organisationnel et humain. L'IA peut enrichir une démarche compétences, mais elle ne remplace ni la gouvernance ni les échanges entre managers et collaborateurs.
Quels sont les principaux obstacles ?
Elodie Primo : La première difficulté est souvent la construction du référentiel de compétences lui-même. Beaucoup d'organisations créent des référentiels trop complexes, trop théoriques ou insuffisamment alignés sur la réalité opérationnelle. La deuxième difficulté concerne l'évaluation. La question fondamentale reste : comment savons-nous réellement qu'une compétence est maîtrisée ? Une formation suivie, un badge obtenu ou une certification ne constituent pas toujours une preuve de compétence. La compétence se démontre avant tout dans l'action. C'est pourquoi les approches les plus matures combinent plusieurs modalités d'évaluation. L'auto-évaluation favorise la prise de conscience et la responsabilisation. La co-évaluation avec le manager apporte un regard métier et opérationnel. Celle avec un expert s'avère particulièrement pertinente dans certains environnements techniques. L'observation en situation de travail reste fréquemment la source la plus fiable pour évaluer la mobilisation réelle d'une compétence. Dans une logique d'organisation apprenante, l'évaluation ne doit pas être perçue comme un contrôle mais comme un outil de développement. Elle permet d'identifier les progrès réalisés, les écarts à combler et les opportunités d'apprentissage. La SBO cherche à rendre les compétences visibles ; l'organisation apprenante cherche à les développer. L'évaluation constitue leur lien. Nous observons d'ailleurs chez certains clients des dispositifs particulièrement efficaces reposant sur une évaluation à 180° associant collaborateur et manager, avec plusieurs niveaux de maîtrise et des critères comportementaux précis. Cette approche produit généralement des résultats plus fiables qu'une simple auto-évaluation et permet d'alimenter des plans de développement réellement personnalisés. Finalement, si la compétence devient la nouvelle unité de pilotage des organisations, l'évaluation devient la condition de sa crédibilité. Sans évaluation robuste, une démarche skills-based risque de rester déclarative.
Comment faire vivre la démarche dans la durée ?
Elodie Primo : Les plateformes ont un rôle important à jouer dans cette transformation. Leur mission ne se limite plus à gérer des catalogues de formation, mais à soutenir une véritable dynamique de développement des compétences et d'apprentissage organisationnel. Pour durer, une démarche compétences doit dépasser la simple cartographie des skills. Les organisations les plus matures combinent évaluation régulière des compétences, implication des managers, apprentissage dans le travail et partage des savoirs. Comme le souligne Séverine Besson, une compétence ne crée de valeur que lorsqu'elle se transmet, se développe et contribue à l'apprentissage collectif. Mentorat, communautés de pratique, retours d'expérience et capitalisation des connaissances sont donc essentiels. Jean-Roch Houllier rappelle également que le Learning n'est plus une fonction support mais un levier stratégique de transformation. Dans une logique SBO, il ne s'agit plus seulement de diffuser des formations, mais de développer en continu les compétences dont l'entreprise a besoin. La Skills-Based Organization répond à la question « quelles compétences développer ? ». L'organisation apprenante, ou Learning-Based Organization, répond à la question « comment les développer durablement ? ». Les entreprises les plus performantes sont celles qui parviennent à articuler ces deux dimensions.
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