Finaliste des Trophées du Digital Learning 2025, le projet reviVRe explore le potentiel de la réalité virtuelle, de l’intelligence artificielle et de l’analyse de données pour révolutionner l’apprentissage des gestes techniques en viticulture. Dans cette interview, Laetitia Montaron, cheffe de projet à l’École d’Ingénieurs de Purpan, revient sur la genèse, les apports et les perspectives de cette innovation pédagogique ambitieuse.
Comment est né le projet reviVRe, et pourquoi avoir choisi la réalité virtuelle pour répondre aux enjeux de formation dans le secteur viticole ?
Laetitia Montaron : Face aux enjeux d’attractivité et d’innovation dans le secteur agricole, le projet reviVRe est né d’une volonté de répondre aux difficultés de recrutement et de formation dans un secteur en tension, celui de la viticulture. Il rassemble les compétences de différents partenaires, réunis en consortium, soutenu par l’Etat dans le cadre du programme France 2030 : l’Ecole d’Ingénieurs de Purpan, chef de file, WiDiD, Mimbus et la Mêlée. La réalité virtuelle a été choisie pour permettre l’apprentissage de gestes techniques professionnels dans un environnement immersif, réaliste, sécurisé et flexible. Elle lève les contraintes météorologiques, saisonnières et spatiales, tout en offrant la possibilité de se former en autonomie ou accompagné, à son rythme et sans risque pour l’apprenant et le végétal. Apprendre par la pratique facilite l’ancrage des apprentissages et stimule l’engagement.
Quels sont les apports spécifiques de l’intelligence artificielle et de l’analyse de données dans le parcours d’apprentissage proposé ?
Laetitia Montaron : Nous avons choisi de nous appuyer sur l’intelligence artificielle et l’analyse de données afin de proposer un dispositif de formation adaptatif, personnalisé et évolutif qui s’adresse à tous. Concrètement, depuis une plateforme d’apprentissage, le formateur et l’apprenant peuvent suivre l’avancée des apprentissages (résultats, progression…) et ajuster les parcours en fonction des besoins. Cette approche favorise une pédagogie différenciée basée sur les réussites et les axes d’améliorations. En immersion, il est possible de simuler la pousse d’un cep après taille et de visualiser les flux de sèves, offrant ainsi une compréhension fine des conséquences de chaque geste. Grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse de données, les feedbacks sont affinés, les erreurs analysées et l’apprentissage et la précision du geste de taille améliorés. Ce croisement entre données, simulation et pédagogie renforce l’efficacité de l’apprentissage, tout en valorisant l’autonomie et la responsabilisation de l’apprenant.
Comment le consortium a-t-il travaillé pour intégrer expertise terrain, innovation technologique et exigences pédagogiques dans une solution cohérente ?
Laetitia Montaron : L’expertise et le savoir-faire des membres du consortium en ingénierie pédagogique, en viticulture et en maîtrise des technologies immersives au service de la formation a permis de croiser les enjeux de ces différents domaines. Pour garantir la qualité et la pertinence des modules développés, nous avons fait appel à des spécialistes de la formation et de la viticulture extérieurs. Nous avons également réalisé des tests en situation d’apprentissage au sein d’organismes de formation et été régulièrement sur le terrain auprès de professionnels viticoles pour ajuster nos outils aux besoins du terrain. Enfin, un article scientifique, co-rédigé par l’Ecole d’Ingénieur de Purpan et le Laboratoire Angevin de Mécanique, Procédé et innovAction est venu appuyer nos travaux et l’intérêt de notre projet pour l’apprentissage du geste technique de la taille de la vigne.
Quels retours avez-vous observés sur le terrain en matière d’engagement des apprenants et de développement des compétences ?
Laetitia Montaron : Les retours des formateurs, des apprenants et des professionnels de la filière viticole, ayant testé en situation d’apprentissage les contenus de reviVRe, sont tous très positifs. Nous avions rencontré des profils variés : des personnes curieuses et motivées, mais aussi des utilisateurs plus réticents à la digitalisation de leur formation. Voir ces derniers s'ouvrir, s'intéresser et finalement être convaincues de l'intérêt de la réalité virtuelle après avoir testé reviVRe est une source de satisfaction. Ceux qui ont testé les modules de formation ont apprécié la qualité graphique, la précision des gestes et le réalisme de l’environnement immersif. Pour les apprenants comme pour les formateurs, il était très intéressant de pouvoir s’entrainer autant que souhaité et de visualiser l’impact des gestes de taille avant de se rendre sur le terrain pour tailler de vrais ceps. Cela participait à dédramatiser le passage à l’acte et à gagner en confiance en soi. Par ailleurs, les apprenants ayant exprimé des difficultés avec des méthodes d’enseignement « traditionnelles », se sont activement engagés dans le dispositif. Pratiquer les a réellement motivés, ce qui confirme que reviVRe répond bien à son objectif de rendre les formations plus attractives, inclusives et efficaces.
Quelles perspectives voyez-vous pour étendre ou adapter reviVRe à d’autres métiers agricoles ou filières en tension ?
Laetitia Montaron : Aujourd’hui, issue du projet reviVRe, nous avons produit la formation « Viticulture », dédiée à la taille de la vigne. Demain, les perspectives d’évolution sont nombreuses. Nous pourrions imaginer poursuivre les développements en intégrant au dispositif de formation de nouveaux modes de conduite ou d’autres gestes techniques complémentaires. Au-delà de la viticulture, reviVRe pourrait être adapté à d’autres filières agricoles en tension telle que l’arboriculture où les enjeux de formation sont proches. L’immersion, couplée à l’intelligence artificielle et à l’analyse de donnée, rend envisageable d’autres développements pour répondre aux défis de recrutement, de transmission des savoir-faire et d’innovation dans les pratiques agricoles.
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