ELEARNINGLETTER
ACTUALITE & STRATEGIES LEARNING & SKILLS
Actualités Événements Offres d'emplois Communiqués Annuaire des Premium Contributeurs S'abonner à la Newsletter
Les données formation s'accumulent. Vos indicateurs sont-ils encore fiables ?
30 juin 2026 Twitter X   LinkedIn
Olivier Nourry
Expert Digital Learning
ENGIE
Les départements formation n'ont jamais disposé d'autant de données. LMS, LXP, plateformes de contenus, outils d'évaluation, assistants IA… chaque interaction laisse désormais une trace exploitable. Pourtant, consolider les résultats de plusieurs plateformes, comparer des dispositifs ou démontrer l'impact d'une action de formation reste souvent plus difficile qu'il n'y paraît. Le problème ne vient plus du manque de données, mais de leur organisation. À l'heure où les entreprises attendent des preuves tangibles de la contribution de la formation à la performance et où l'intelligence artificielle promet d'accélérer les analyses, cette faiblesse prend une dimension nouvelle.

Les chiffres sont partout. Les réponses beaucoup moins.

La transformation numérique de la formation a profondément changé la manière de piloter l'activité Learning. Chaque inscription, chaque connexion, chaque parcours, chaque résultat d'évaluation ou certification alimente un tableau de bord. Les départements formation disposent aujourd'hui d'une richesse d'information qu'ils n'auraient pas imaginée il y a quelques années. Cette abondance nourrit pourtant un paradoxe. Plus les données augmentent, plus il devient difficile de construire une vision d'ensemble. Les équipes consacrent une part croissante de leur temps à rapprocher des indicateurs issus de plusieurs applications, à vérifier leur cohérence ou à expliquer leurs écarts. Les tableaux de bord se multiplient, sans toujours répondre aux questions que posent les directions générales, les RH ou les métiers : quels dispositifs produisent réellement des effets ? Quels investissements faut-il renforcer ? Quelles compétences progressent effectivement ? Le problème n'est donc plus de produire des chiffres. Il consiste à leur donner une signification commune. Or cette étape est souvent sous-estimée. Les entreprises investissent dans les plateformes, les contenus ou l'intelligence artificielle, mais beaucoup moins dans la manière dont leurs données sont structurées.

Chaque plateforme fabrique sa propre réalité.

Cette difficulté apparaît dès que plusieurs outils coexistent. Un LMS, une LXP, une plateforme de contenus ou un outil d'évaluation ne décrivent pas les mêmes objets de la même façon. Derrière des indicateurs qui semblent identiques se cachent souvent des définitions différentes. Prenons un exemple. Une entreprise remplace progressivement son LMS historique par une nouvelle plateforme. Les deux systèmes affichent un taux de complétion. À première vue, la comparaison paraît évidente. Pourtant, le premier considère qu'un parcours est terminé dès que toutes les ressources ont été consultées ; le second exige en plus la réussite d'une évaluation finale. Le comité de direction croit observer une baisse des performances. Il compare en réalité deux définitions différentes d'un même indicateur. Le même phénomène concerne les heures de formation, les apprenants actifs, les certifications ou les parcours hybrides mêlant présentiel, classe virtuelle, e-learning et apprentissage informel. Les chiffres ne sont pas faux. Ils ne parlent simplement pas toujours de la même chose. Ces écarts restent discrets tant que chaque plateforme est pilotée séparément. Ils deviennent beaucoup plus visibles lorsqu'une organisation souhaite consolider ses données à l'échelle d'un groupe, rapprocher plusieurs filiales, intégrer une entreprise acquise ou construire un reporting destiné à la direction générale.

La crédibilité des indicateurs est désormais en jeu.

La question dépasse largement la technique. Les départements formation sont aujourd'hui attendus sur leur capacité à démontrer leur contribution aux priorités de l'entreprise. Les directions générales souhaitent des indicateurs comparables dans le temps. Les DRH veulent rapprocher les données Learning des compétences, de la mobilité ou de la performance. Les métiers attendent des preuves avant d'investir davantage. Dans ce contexte, la multiplication des tableaux de bord peut produire l'effet inverse de celui recherché. Plus les sources se diversifient, plus la confiance dans les chiffres risque de s'éroder si personne n'est capable d'expliquer précisément ce qu'ils recouvrent. L'essor de l'intelligence artificielle renforce encore cette exigence. Demain, un responsable formation demandera naturellement à son assistant : « Quel dispositif obtient les meilleurs résultats ? » Si les données proviennent de plateformes qui utilisent des définitions différentes, l'IA produira une réponse avec toute la rapidité et l'assurance qu'on lui connaît… mais sans pouvoir corriger les incohérences présentes dans les informations qui lui sont fournies. L'intelligence artificielle accélère l'analyse ; elle ne remplace pas la qualité des données. Le véritable enjeu est donc moins de disposer d'indicateurs supplémentaires que de construire des indicateurs robustes, comparables et compréhensibles par tous.

Organiser les données avant de vouloir les exploiter.

La prochaine étape de la transformation numérique de la formation ne consiste probablement pas à déployer une plateforme supplémentaire. Elle consiste à organiser les données produites par celles qui existent déjà. C'est précisément l'ambition du MLD. Ce « Modèle Logique de Données » propose un référentiel commun pour décrire les principales composantes d'un dispositif Learning — apprenants, contenus, activités, parcours, évaluations ou certifications — avec des définitions homogènes, indépendamment des outils utilisés. L'intérêt d'une telle approche ne réside pas dans la normalisation pour elle-même. Il réside dans ce qu'elle rend possible : consolider des données issues de plusieurs plateformes, comparer des indicateurs sur des bases identiques, alimenter des tableaux de bord cohérents, faciliter les analyses transversales et préparer des usages fiables de l'intelligence artificielle. Pendant des années, les départements formation ont choisi leurs plateformes. Ils doivent désormais maîtriser les données qu'elles produisent. Le véritable enjeu n'est plus d'afficher davantage d'indicateurs, mais de pouvoir les comparer, les expliquer et les défendre. C'est à cette condition que la donnée Learning cessera d'alimenter des tableaux de bord pour commencer à éclairer les décisions.

Dans la même thématique Pratiques & Dispositifs
TotalEnergies : former 64 000 collaborateurs au développement durable sans passer par la case formation obligatoire

LMS, contenus, vidéos, etc. : l’accessibilité numérique rattrape la formation

Unir nos forces pour développer l’esprit critique

Former est loin de suffire : il faut aussi savoir mobiliser

L'intelligence terrain, premier levier de performance, encore trop souvent dans l'ombre

L'IA rebat les cartes des investissements formation

Rendre la formation visible, accessible, désirable

Les experts métiers : piliers de la Skill-Based Organisation

Page précécente Retour à l'accueil Tous les articles
Inscription newsletter Contactez-nous Publiez une offre d'emploi Publiez une actualité Mentions légales Centre de préférences
www.e-learning-letter.com - © copyright e-learning Media 2026 - images fournies par Adobe Stock et Freepik - tous droits réservés - déclaration CNIL n°1717089 - email : informations@e-learning-letter.com - création : Fair Media ®