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Douze grandes entreprises ouvrent en juin un parcours commun de formation à l’esprit critique. Au-delà du sujet, le dispositif intéresse par sa conception, un format court et distanciel, co-construit entre concurrents et doublé d’une évaluation scientifique.
À l’initiative de Safran, douze grandes entreprises (Schneider Electric, TotalEnergies, Safran, Michelin, Colas, Crédit Agricole, Air France, OP Mobility, Saint-Gobain, Bouygues Telecom, Generali, Engie) lancent le Criticathon, une formation à la pensée critique à l’ère de l’IA générative. Ouverte à près de 150 000 collaborateurs, bilingue, elle mérite le détour pour la façon dont elle a été pensée. Pour une équipe Digital Learning : un cas d’école.
Un format court, entre asynchrone et direct
Le parcours tient en huit heures, étalées sur quatre semaines, à raison de deux heures hebdomadaires. Chaque semaine combine deux briques. Un module asynchrone, découpé en cinq séquences d’une dizaine de minutes, qui pose les notions et fait pratiquer. Une conférence en direct le vendredi, animée par un expert, qui prolonge et incarne le propos. Le tout est 100 % distanciel, proposé sur trois créneaux horaires pour les équipes réparties dans plusieurs fuseaux, en français comme en anglais. Le découpage en micro-séquences répond à une contrainte bien connue des responsables formation, celle d’une attention disponible par fragments, difficile à mobiliser une demi-journée d’affilée. La cadence hebdomadaire, elle, étale l’effort et installe une habitude plutôt qu’un pic.
Des partis pris pédagogiques assumés
Le programme s’organise autour de quatre modules : « Faits ou croyances ? », postures critiques en collectif, biais cognitifs et structuration d’une décision face à l’incertitude. Pour soutenir l’engagement, un fil narratif accompagne la progression. Chaque semaine, une mascotte guide les apprenants et n’est dévoilée qu’au dernier moment. Un carnet de bord numérique, le NoteBook « Pensée critique », sert de support de réflexion et d’ancrage tout au long du parcours. Le contenu s’appuie sur des travaux balisés, de Kahneman et Tversky à Edmondson, Galef ou Bronner et sur des méthodes directement réutilisables comme la méthode SIFT, le premortem ou la boussole de lucidité collective. Le souci du transfert est explicite. Il s’agit moins de transmettre des concepts que d’installer des gestes mobilisables en réunion ou devant un écran.
Certification et évaluation scientifique
À la fin du parcours, un questionnaire de dix questions débouche, à partir de sept bonnes réponses, sur une certification délivrée par la plateforme française ProCertif, qui inscrit le certificat dans la blockchain et délivre un badge LinkedIn vérifiable par un tiers. Le dispositif intègre surtout un volet de mesure rarement aussi explicite sur ce type de programme. Il pose ses indicateurs dès la conception, des auto-évaluations hebdomadaires au taux de complétion, ainsi qu’un questionnaire final et une relance à trente jours. Les entreprises volontaires participent en plus à un protocole d’évaluation mené avec l’association Square, spécialiste indépendante de l’éducation à l’esprit critique, qui mesure sur la base du volontariat l’évolution des réflexes critiques. De quoi nourrir le débat, récurrent dans la profession, sur la preuve d’impact en formation.
La mutualisation comme modèle
Le point le plus original tient peut-être au mode de production. Plutôt que de commander séparément leur formation, douze entreprises ont réuni leurs équipes pédagogiques pour bâtir un parcours unique, opéré par Synexplora, Leadership & Art et le Club Learning Activists sous l’égide de Safran. Le programme est diffusé sous une licence autorisant sa réutilisation non commerciale. « Aucune de ces entreprises ne savait, seule, comment outiller ses équipes face à ce nouveau rapport à l’information », explique Ilhem Alleaume, fondatrice de Leadership & Art et membre de l’équipe projet. « Elles ont préféré chercher la réponse ensemble. » Pour les équipes learning, l’expérience pose une question concrète. Certaines compétences transversales, coûteuses à concevoir et communes à beaucoup d’organisations, gagneraient en effet à être bâties en commun plutôt qu’en silos. Même si le Criticathon n’y répond pas à lui seul, il offre néanmoins un précédent documenté, format, gouvernance et mesure compris, utile à la profession.
Chiffres sourcés (MIT / Science 2018, Pew Research Center, World Economic Forum 2025).
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