|
Longtemps considéré comme un sujet technique ou réglementaire, l’accessibilité numérique s’invite désormais dans le quotidien des directions formation. LMS, contenus e-learning, vidéos, classes virtuelles, évaluations, documents PDF : chaque ressource pédagogique peut constituer un facteur d’inclusion ou, au contraire, un obstacle. Une évolution qui dépasse largement le seul champ du handicap et qui oblige les équipes Learning & Development à revoir leurs pratiques de production, d’achat et de gouvernance.
Le problème est souvent dans les contenus
Lorsqu'une entreprise s'interroge sur l'accessibilité numérique de son dispositif de formation, le premier réflexe consiste généralement à examiner le LMS. La plateforme est-elle conforme ? Les fonctionnalités sont-elles accessibles ? Les fournisseurs respectent-ils les standards en vigueur ? La question est légitime. Elle n'est pourtant pas la plus urgente. Dans la majorité des cas, les difficultés rencontrées par les utilisateurs proviennent moins de la plateforme que des contenus qui y sont hébergés. PDF impossibles à lire avec un lecteur d'écran, vidéos sans sous-titres, modules e-learning conçus uniquement pour un usage à la souris, questionnaires incompatibles avec la navigation clavier, contrastes insuffisants ou documents mal structurés. Les exemples sont nombreux. Cette situation crée un paradoxe. Une entreprise peut disposer d'une plateforme performante et techniquement accessible tout en diffusant des milliers de ressources qui ne le sont pas. La situation se complique encore avec la multiplication des usages et des terminaux. Un même contenu peut aujourd'hui être consulté depuis un ordinateur de bureau, un ordinateur portable, une tablette ou un smartphone. Une ressource parfaitement utilisable dans un contexte peut se révéler difficilement exploitable dans un autre. L'accessibilité ne consiste donc plus seulement à rendre un contenu compatible avec certaines technologies d'assistance ; elle suppose également de garantir une expérience d'apprentissage satisfaisante quels que soient le terminal utilisé et les conditions d'accès. La responsabilité ne relève alors plus uniquement de la DSI ou du fournisseur. Elle concerne directement les équipes formation qui produisent, sélectionnent, diffusent ou valident ces contenus.
Une responsabilité qui dépasse le handicap
Le sujet est souvent abordé sous l'angle du handicap. Cette approche reste nécessaire mais elle ne suffit plus. Les bénéficiaires de l'accessibilité numérique sont beaucoup plus nombreux que les seules personnes disposant d'une reconnaissance administrative. Salariés malvoyants, collaborateurs souffrant de troubles cognitifs, personnes dyslexiques, collaborateurs vieillissants, salariés confrontés à une limitation temporaire ou utilisateurs travaillant dans des conditions dégradées. Tous peuvent rencontrer des difficultés face à des contenus mal conçus. Pour les services formation, l'enjeu touche directement à l'efficacité des dispositifs. Une ressource difficile à consulter, à comprendre ou à manipuler réduit mécaniquement les chances d'apprentissage. À l'inverse, un contenu accessible est généralement plus lisible, plus simple à utiliser et plus efficace pour l'ensemble des apprenants. Cette évolution modifie progressivement la place de la fonction formation dans les projets d'accessibilité numérique en lui ouvrant trois chantiers prioritaires.
Trois chantiers à ouvrir sans attendre
Le premier concerne la production des contenus. Les concepteurs pédagogiques doivent intégrer l'accessibilité dès la création des ressources. Structurer correctement un document, prévoir des alternatives textuelles aux images utiles, vérifier les contrastes, sous-titrer les vidéos ou concevoir une navigation compatible avec différents modes d'utilisation ne nécessite pas toujours des investissements importants. Ces bonnes pratiques doivent simplement faire partie des standards de production. Le deuxième chantier concerne les fournisseurs. Longtemps, les appels d'offres Learning ont porté principalement sur les fonctionnalités, les catalogues de contenus ou les capacités d'intégration. L'accessibilité numérique doit désormais rejoindre cette liste d'exigences. Les directions formation ont intérêt à demander des preuves de conformité, à intégrer des critères d'évaluation dédiés et à vérifier les engagements des prestataires avant la contractualisation. Le troisième chantier touche à la montée en compétence des équipes. De nombreux professionnels de la formation découvrent encore les enjeux de l'accessibilité numérique. Quelques heures de sensibilisation permettent pourtant d'éviter une grande partie des erreurs les plus fréquentes. Former les chefs de projet, les concepteurs pédagogiques, les administrateurs de plateformes et les équipes communication constitue souvent l'action la plus rentable pour amorcer une transformation durable.
Prévenir plutôt que guérir
La plupart des organisations abordent encore l'accessibilité comme un problème à corriger. Elles réalisent un audit, identifient des écarts puis lancent un plan de remédiation. Cette approche atteint rapidement ses limites. Les contenus se renouvellent en permanence, les plateformes évoluent, les catalogues s'enrichissent chaque mois. Corriger sans cesse les erreurs produites en amont devient rapidement coûteux. Les entreprises les plus avancées adoptent une autre logique. Elles intègrent l'accessibilité dès la conception des projets. Les critères sont présents dans les cahiers des charges, les modèles de production, les procédures qualité et les processus de validation. L'accessibilité cesse alors d'être un contrôle final pour devenir une exigence de conception. La généralisation du mobile learning illustre parfaitement cette évolution : la formation ne peut plus présumer des conditions dans lesquelles les collaborateurs accèdent aux contenus. L'accessibilité devient dès lors un principe de conception visant à garantir l'accès aux apprentissages quels que soient les profils des utilisateurs, les situations de travail ou les terminaux utilisés. Pour les services formation, cette évolution ressemble à celle qu'elles ont connue avec l'expérience apprenant. Il ne s'agit plus d'ajouter une couche supplémentaire à la fin d'un projet. Il s'agit de concevoir autrement dès le départ.
Le bon indicateur n'est pas le taux de conformité
La tentation est grande de mesurer l'accessibilité par un pourcentage de conformité. L'indicateur reste utile. Il est toutefois insuffisant pour piloter une transformation. Une direction formation gagnera davantage à suivre le niveau de sensibilisation des équipes, la prise en compte du sujet dans les appels d'offres, l'intégration des critères d'accessibilité dans les processus de conception ou encore la capacité des fournisseurs à accompagner cette démarche. Ces indicateurs permettent de mesurer l'installation progressive d'une culture de l'accessibilité plutôt qu'un simple état de conformité à un instant donné. C'est probablement là que se situe le véritable défi. L'accessibilité numérique n'est pas un projet ponctuel. Elle s'apparente plutôt à une discipline de production. À mesure que les dispositifs de formation se digitalisent et que les parcours d'apprentissage deviennent omniprésents dans le travail quotidien, cette discipline s'impose comme une composante normale de la qualité pédagogique. Les directions formation qui s'en saisissent aujourd'hui éviteront demain de transformer un sujet de conception en chantier permanent de correction.
Source : Cigref, Accessibilité numérique – Organiser, piloter et outiller le passage à l'échelle dans les grandes organisations
Par la rédaction d’e-learning Letter
|