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Le salarié en a rêvé ? Microsoft l’a fait !
29 septembre 2026 Twitter X   LinkedIn
Se former au moment précis où l’on en a besoin, sans quitter son environnement de travail, avec une réponse tenant compte de son activité et de son contexte : le Digital Learning promet depuis longtemps cet apprentissage « au moment du besoin », censé réduire le temps nécessaire pour apprendre. L’annonce du nouveau Microsoft Copilot donne soudain à cette vieille ambition une tout autre dimension. Si l’environnement de travail comprend ce que fait le salarié et peut l’aider immédiatement à résoudre le problème qu’il rencontre, pourquoi celui-ci en sortirait-il encore pour « aller se former » ?
 

Une vieille promesse du Digital Learning

Cela fait longtemps que la formation cherche à se rapprocher du travail. Formation au poste de travail, aide à la performance, mobile learning, microlearning, apprentissage dans le flux de travail : derrière ces expressions successives, on retrouve la même ambition. Réduire la distance entre le problème rencontré par le salarié et le savoir qui lui permettra de le résoudre. Avec, au passage, une évolution profonde de la fonction même de la formation. Elle ne sert plus seulement à apprendre aujourd’hui ce dont on aura besoin demain. Elle intervient aussi parce qu’un problème se présente maintenant. La formation devient alors un support à la résolution de problèmes. Dans « Du LMS au flux de travail : former là où ça se passe vraiment », Florent Grisaud Verrier poussait cette logique jusqu’à sa conséquence naturelle : ce n’est plus au salarié de sortir de son environnement de travail pour trouver une formation, mais à la formation de venir à lui dans ses outils quotidiens. Depuis des années, le Learning s’efforce donc de faire sortir l’apprenant le moins longtemps possible de son travail. Et s’il pouvait désormais ne plus l’en faire sortir du tout ?

Cette fois, Microsoft part du travail

C’est ce qui rend intéressante l’annonce par Microsoft de son nouveau Copilot réunissant Home, Code et Autopilot. Home est présenté comme le nouveau point de départ dans Copilot : on y retrouve notamment Chat et Cowork, son activité récente et le travail laissé en cours. Word, Excel et PowerPoint sont directement intégrés à Copilot. Cowork peut prendre en charge une tâche de bout en bout ; Autopilot peut poursuivre des tâches de façon autonome. Surtout, Copilot dispose d’un contexte de plus en plus riche pour mobiliser les données, les processus et les applications de l’entreprise et adapter ses réponses à la situation de travail. Microsoft n’a pas décidé de faire de la formation. Ce n’est pas son sujet. Il veut installer Copilot au cœur du travail quotidien. Mais, ce faisant, il risque fort d’occuper une partie du terrain que la formation cherche à conquérir depuis vingt ans. Jusqu’ici, le Learning tentait d’entrer dans le travail. Désormais, le travail lui-même se dote de fonctions qui ressemblent fort à de l’apprentissage.

Le temps d’apprendre se rapproche de zéro

La formation utilisée pour résoudre un problème reposait encore sur une petite séquence. Je rencontre une difficulté. Je comprends qu’il me manque quelque chose. Je cherche une ressource. Je l’utilise. Puis je reprends mon activité. Toute l’histoire récente du Digital Learning a consisté à raccourcir cette séquence. Le « time to learn », autrement dit le temps nécessaire pour accéder à ce qu’il faut apprendre, n’a cessé de diminuer. Copilot pousse la logique un cran plus loin. Le salarié ne formule plus nécessairement : « j’ai une lacune, je cherche une formation, je trouve une ressource, j’apprends, je retourne travailler ». Il rencontre une difficulté et obtient une aide dans l’action. Dans « Learning in the flow (of work) : un concept déjà dépassé ? », e-learning Letter s’interrogeait déjà sur cette porosité croissante entre travailler et apprendre. Mais une question supplémentaire apparaît : à force de raccourcir le chemin entre le problème et sa résolution, ne supprime-t-on pas le moment où le salarié prend conscience qu’il a quelque chose à apprendre ? Il gagne du temps, sans aucun doute. Reste à savoir ce qu’il apprend réellement au passage.

Le LMS n’est plus forcément la porte d’entrée

De là à annoncer la disparition du LMS, il y a un pas qu’il serait imprudent de franchir. Le LMS organise des parcours, gère des obligations réglementaires, trace les activités, administre des populations, distribue des contenus validés, évalue ou certifie. Et les plateformes de formation ne resteront évidemment pas immobiles : elles intègrent elles aussi l’IA et se connectent davantage aux outils de travail. La vraie question est ailleurs. Le LMS doit-il encore être la porte d’entrée naturelle de l’apprenant ? Si le salarié trouve dans son environnement quotidien l’information, l’explication ou l’assistance dont il a besoin, il fréquentera peut-être moins directement la plateforme de formation. Celle-ci n’en deviendra pas inutile. Elle pourra continuer à organiser, sécuriser et tracer une partie essentielle de l’apprentissage, tandis que ses ressources seront appelées depuis d’autres environnements. Cela oblige à reconsidérer un sujet sur lequel le secteur a beaucoup investi : l’expérience apprenant. On peut construire une excellente expérience dans une plateforme. Encore faut-il que le salarié ait une raison d’y entrer. Le sujet pourrait donc devenir moins celui de la destination de formation que celui de la présence du Learning là où le travail se fait.

Apprendre, c’est pouvoir trouver sa propre réponse

Encore faudrait-il qu’il existe une « bonne réponse ». Dans beaucoup de métiers, le travail commence précisément là où plusieurs réponses sont possibles. Il faut choisir. Et savoir pourquoi. C’est aussi là que la formation retrouve une fonction que l’assistance immédiate ne suffit pas à remplir : construire l’autonomie. Réussir la tâche du jour avec Copilot à ses côtés ne garantit pas que l’on saura comprendre une situation nouvelle, prendre une décision lorsque les informations sont contradictoires ou détecter que l’assistant se trompe. Et puis les réponses vieillissent. De plus en plus vite. Les procédures changent, les outils aussi, les métiers se recomposent. Ce qui était juste hier peut ne plus l’être demain. La compétence tient alors moins à la réponse mémorisée qu’à la capacité de s’en construire une nouvelle. C’est aussi le sens de « De l’intérêt de maintenir des zones d’apprentissage hors l’IA » : il restera des moments où apprendre supposera justement de ne pas recevoir immédiatement l’aide de l’IA. La vieille promesse du Digital Learning était de fournir la bonne formation au bon moment. Microsoft est peut-être en train de lui donner un sérieux coup de main. Tant mieux. Cela laisse au Learning une question autrement plus difficile : comment former des salariés capables de trouver leur réponse quand celle d’hier ne vaut déjà plus ?

Par Michel Diaz

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