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Les « REX Digital Learning » du récent salon Innovative Learning ont permis de découvrir un dispositif porté par Renault Group qui illustre une ligne claire : produire moins de formation, mais mieux intégrée, plus utile, immédiatement mobilisable. Valérie Chevremont, sa responsable, détaille les choix structurants qui ont permis de passer d’un principe largement partagé à une mise en œuvre concrète, industrialisable et mesurable.
Comment avez-vous inscrit l’apprentissage dans le flux de travail ?
Valérie Chevremont : Le dispositif a été conçu à partir d’une exigence opérationnelle : ne pas « ajouter » de la formation, mais rendre l’apprentissage accessible dans le quotidien des équipes, lorsque le besoin devient concret. Pour traduire cette contrainte, les premiers choix ont été structurants : format total d’une durée cohérente, capsules courtes, accès à la carte, et conception “comme une série” afin de s’intégrer naturellement entre deux jalons et contraintes de production. L’insertion dans le flux de travail a également reposé sur une mise à disposition rapide et standardisée, avec une intégration dans le LMS en moins de deux semaines, sous forme de programme, dans le but d'assurer un accès simple et immédiat. Enfin, une activation ciblée a permis de créer l’usage : mailing de lancement auprès de plus de 3 000 collaborateurs, complété par de l’affichage et des relais via newsletters.
Pourquoi avoir autant investi dans la préparation en amont ?
Valérie Chevremont : Le projet repose sur une conviction clé : la qualité d’un contenu « live » ne se rattrape pas au montage ; elle se sécurise avant l’enregistrement. Cette logique est résumée par un principe simple : “Le design se fait avant l’enregistrement”. Concrètement, la phase de préparation a été structurée : deux mois de construction du support avec les experts des domaines, via un support unique et standard, découpé en parties de durées similaires, afin d’assurer cohérence, densité maîtrisée et lisibilité. Des revues hebdomadaires ont permis d’aligner le fond, et un passage à blanc à J-7 a sécurisé le rythme, la clarté et la stabilité des messages. Cette étape amont a été déterminante, car elle a transformé un format potentiellement variable (interventions live) en une matière première « qualifiable » : cadrée, cohérente et exploitable pour une industrialisation ensuite rapide.
Comment transformer un live en ressource durable ?
Valérie Chevremont : Le point de départ est un constat : un enregistrement brut produit souvent un replay, rarement une ressource pédagogique durable. Le dispositif a donc été structuré en deux étapes : un live qui crée l’élan, puis une transformation qui crée la durée. Première clé : sélectionner la matière durable. Les interventions ont été captées, en excluant, par exemple, les séquences de questions/réponses, car leur valeur est essentiellement contextuelle. Deuxième clé : transformer la vidéo en « asset » pédagogique. Le montage vidéo a produit des capsules de moins de cinq minutes, sous-titrées en anglais, avec des apports pédagogiques structurants. Troisième clé : packager pour l’usage. Un habillage a été ajouté pour rythmer les séquences, puis l’ensemble a été intégré dans notre LMS sous forme de programme, tout en conservant la logique “à la carte”. Cette transformation du replay en ressource structurée rend le contenu consultable, actionnable et maintenable.
Quels effets concrets de l’ingénierie frugale ?
Valérie Chevremont : L’ingénierie frugale a été mise en œuvre via un choix structurant : abandon d’une externalisation initialement envisagée au profit d’une production internalisée, rendue possible par la standardisation. Au-delà des économies budgétaires, l’organisation en tire des bénéfices opérationnels : réactivité, avec une accélération de la production et de l’intégration ; maîtrise de la qualité, grâce à la cohérence des supports et des messages ; flexibilité, avec des modules facilement ajoutables ou retirables. La standardisation réduit aussi le coût marginal du déploiement international : traduction facilitée, mises à jour plus simples, et base durable compatible avec l’évolution rapide des sujets. L’ingénierie frugale ce n’est pas faire moins, c’est faire juste !
Que révèlent les premiers résultats ?
Valérie Chevremont :
Les résultats montrent une satisfaction élevée : 4,8 à 5/5 sur l’ensemble des vidéos, et un effet notable : après une sensibilisation courte, les apprenants les plus engagés se tournent vers des formations plus longues ou plus spécifiques. Cela indique une attente forte pour des formats compatibles avec le réel : courts, accessibles à la demande, et immédiatement utiles. La promesse terrain est explicite : zéro surcharge, et une base maintenable. Les apprenants attendent un premier niveau de repères qui répondent rapidement à leurs questions : de quoi parle‑t‑on, où cela se situe dans les plannings, quels sont mes interlocuteurs et, à quoi celà va me servir dans mon quotidien ? Enfin, la transformation en capsules confirme que l’expérience apprenante dépend autant du packaging pédagogique que du fond expert : c’est cette combinaison qui rend l’usage naturel et déclenche l’envie d’aller plus loin.
Propos recueillis par la rédaction d’e-learning Letter
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