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Le Global Sentiment Survey 2026 dessine le portrait d'un secteur à bout de souffle. L'intelligence artificielle cesse d'être une promesse pour se muer en fardeau quotidien. Entre coupes budgétaires et licenciements massifs, les responsables formation perdent leurs repères historiques. L'heure n'est plus à l'expérimentation joyeuse mais à la survie stratégique dans un monde sans carte.
Le déclin de l'engouement messianique pour l'IA
L’intelligence artificielle domine toujours les esprits mais sa courbe de fascination entame un plateau significatif. Pour la première fois en quatre ans, la part des votes en sa faveur recule légèrement à 22,5 %. Ce repli de 0,1 % signale la fin de la phase de choc initial provoquée par ChatGPT. Les professionnels de la formation ne voient plus l'IA comme une nouveauté électrisante ; ils l'intègrent désormais dans un paysage de travail banalisé et exigeant. Cette transition vers ce que Donald Taylor nomme le « Nouveau Monde » marque la fin des règles établies. L’intérêt se déplace des capacités théoriques de l’outil vers ses applications concrètes, notamment la personnalisation et l’adaptation de la délivrance des contenus. Pourtant, cette adoption forcée s'accompagne d'une lassitude profonde face au bruit médiatique incessant. Les répondants expriment une méfiance croissante envers le contenu généré automatiquement de faible qualité et les risques éthiques associés. La tension est palpable entre l'injonction des directions générales de placer l'IA partout et le manque criant de clarté sur ses bénéfices réels. Le secteur traverse une période de chaos où les vieilles normes s'effondrent sans que de nouvelles structures solides ne s'installent encore. L'IA n'allège pas le stress, elle l'accentue par une complexité technique croissante.
La souffrance d'une profession en quête de sens
Le rapport 2026 révèle une détresse humaine sans précédent sous le vernis de l'innovation technologique. Les commentaires libres des participants à l'étude atteignent le volume record de 40 000 mots. Ce cri collectif témoigne d'une pression psychologique qui explose après une accalmie relative en 2024. Les responsables formation décrivent un quotidien marqué par les licenciements massifs et une difficulté croissante pour retrouver un emploi. Le terme « humain » apparaît désormais de manière récurrente comme une crainte de voir l'essence même du métier disparaître sous les algorithmes. Cette crise d'identité frappe une fonction coincée entre l'augmentation des demandes et l'évaporation des moyens financiers. L'expression « faire plus avec moins » revient comme une litanie douloureuse dans les réponses. Les budgets sont coupés ou purement éliminés, plaçant le L&D dans une position jugée impossible. Cette précarité engendre un sentiment d'urgence stratégique ; la peur d'une mise au rebut pousse les acteurs à chercher désespérément une légitimité nouvelle. L'époque où la formation constituait un centre de coût protégé est révolue.
La valeur comme bouclier contre l'incertitude économique
La démonstration de la valeur s'impose comme la priorité montante du classement mondial opéré par l’étude, bondissant de la septième à la cinquième place. Les directions exigent des preuves tangibles d'impact sur la productivité et le retour sur investissement. Le temps de la satisfaction de surface mesurée par les taux de complétion est terminé ; le marché exige des indicateurs de changement de comportement réels. Les professionnels tentent d'utiliser l'analytique de données pour guider leurs décisions, même si la maturité sur ce point reste très hétérogène. On observe une volonté de s'éloigner des catalogues de cours massifs au profit de formats courts et de supports de performance intégrés au flux de travail. Cette mutation cherche à répondre à l'overdose des apprenants, décrits comme surchargés et incapables de prioriser leur développement personnel. Le rôle du L&D glisse du fournisseur de formation vers celui de partenaire de performance ou de consultant stratégique. Cette extension du périmètre vers le coaching et la culture d'entreprise reflète une ambition de survie. Mais cette expansion de l'influence se heurte souvent à une absence de mandat clair ou de financement adéquat.
L'éclatement d'une cartographie mondiale désormais illisible
L'unité apparente du secteur masque des fractures géographiques et méthodologiques profondes. Les schémas de vote autrefois prévisibles volent en éclats. L’Australie et le Royaume-Uni renforcent leurs positions historiques tandis que la Suède et l'Irlande voient leurs priorités s'effriter. Le Cambodge surgit comme le bastion inattendu de la gestion des talents par les compétences et du support de performance, détrônant les Pays-Bas. En Turquie, le coaching et le mentorat dominent les débats alors que l'Espagne se passionne pour la personnalisation pilotée par l'IA. Les différences culturelles marquent toujours les usages, du « collectivisme » sud-américain favorisant l'apprentissage social aux connotations négatives de la collaboration dans certains pays européens marqués par l'histoire. Le rapport distingue deux groupes de professionnels : les pionniers enthousiastes portés par les réseaux sociaux et la majorité plus prudente, fidèle aux canaux traditionnels. Les premiers agissent comme des éclaireurs envoyés dans un territoire inconnu pour dessiner les premières cartes. Ils favorisent la consultation profonde avec le business quand les seconds privilégient encore les technologies établies comme le micro-learning. Cette asymétrie de perception souligne l'absence de consensus sur la direction à suivre. Sans route tracée, chaque département de formation doit désormais expérimenter ses propres solutions pour éviter la relégation.
La France ?
La France ne figure pas dans la liste des 16 pays clés identifiés par le rapport, car elle n'a pas atteint un volume de répondants suffisant pour être isolée statistiquement. Le succès du recueil de données d'une telle étude dépend étroitement du réseau de partenaires régionaux ou médias qui relaient l’enquête. À la lecture de la liste des partenaires mondiaux, on constate l'absence de partenaire local (contrairement à des pays comme la Pologne, la Turquie ou la Belgique) capable de mobiliser les professionnels de formation français autour de cette consultation spécifique. Dommage. Cela ne signifie évidemment pas que les directions formation françaises soient à l'écart des turbulences décrites par l'étude. Au contraire : la plupart des tendances observées — pression budgétaire, injonction d'intégrer l'IA, exigence accrue de démonstration de valeur, repositionnement vers la performance — se retrouvent déjà dans les entreprises françaises. Même si elles n'ont pas répondu massivement à l'enquête, les directions formation hexagonales ont sans doute beaucoup à apprendre de cette radiographie internationale d'une profession en pleine recomposition. Les signaux faibles identifiés par le rapport constituent autant d'alertes utiles pour anticiper les transformations à l'œuvre.
The Global Sentiment Survey 2026
Source : L'essentiel RH-Learning
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