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La plupart des grandes entreprises disposent d'un plan de continuité d'activité. Elles se préparent à une cyberattaque, à une panne informatique majeure, à l'indisponibilité d'un site de production ou à une rupture de service critique. Très peu ont envisagé un scénario comparable pour leur écosystème Learning. Pourtant, les technologies de formation occupent désormais une place suffisamment stratégique pour poser une question simple : que se passerait-il si votre principal fournisseur disparaissait demain ?
Les plans de continuité ignorent souvent la formation
Le plan de continuité d'activité est devenu un outil classique de gestion des risques. Son objectif est connu : garantir la poursuite des activités essentielles malgré un événement majeur. Les entreprises identifient leurs processus critiques, analysent leurs vulnérabilités et préparent des solutions de secours. Les systèmes d'information sont concernés, idemn des infrastructures industrielles et des fonctions financières, logistiques ou commerciales, qui disposent souvent de scénarios de continuité documentés. La formation apparaît rarement dans ce périmètre. Cette absence s'explique facilement. Longtemps, les dispositifs de développement des compétences n'ont pas été considérés comme des infrastructures critiques. Leur interruption temporaire semblait avoir peu d'impact sur l'activité de l'entreprise. Une plateforme de formation indisponible durant quelques jours ne remettait pas en cause la production, la relation client ou la sécurité des opérations. Cette perception ne correspond plus à la réalité actuelle.
La formation est devenue une fonction opérationnelle
Les écosystèmes Learning ont profondément changé de nature. Ils ne servent plus uniquement à diffuser des contenus ou à organiser des stages. Ils interviennent désormais dans l'intégration des nouveaux collaborateurs, le maintien des certifications, les formations réglementaires, la sécurité, les transformations métiers, l'adoption des nouvelles technologies ou le déploiement de l'intelligence artificielle. Dans certains secteurs, une interruption prolongée des dispositifs de formation peut avoir des conséquences opérationnelles directes. Une certification non renouvelée, une habilitation non mise à jour ou une formation réglementaire interrompue peuvent rapidement devenir des sujets de conformité. Dans d'autres cas, c'est la capacité même de l'entreprise à accompagner ses transformations qui se trouve affectée. Lorsqu'une organisation déploie un nouvel ERP, généralise l'usage de l'IA ou transforme ses processus commerciaux, les dispositifs de formation font partie intégrante du projet. Ils ne constituent plus un simple service support. Ils participent à l'exécution. Plus la formation s'inscrit dans les processus de fonctionnement de l'entreprise, plus sa continuité devient un enjeu de gestion. Pourtant, cette évolution s'est produite sans que la question de la résilience des écosystèmes Learning soit réellement posée.
Le scénario que personne n'envisage
Imaginons un instant la disparition brutale du principal fournisseur : données indisponibles, contenus inaccessibles, parcours de formation interrompus… Programmes réglementaires suspendus. L'hypothèse paraît extrême. Toutefois, elle constitue le cœur même de la logique des plans de continuité. Un PCA ne se construit pas sur les événements les plus probables. Il se construit sur les événements dont les conséquences seraient les plus importantes. La question n'est donc pas de savoir si un tel scénario se produira. Elle consiste à déterminer si l'entreprise serait capable d'y faire face. Dispose-t-elle d'une solution de secours ? Connaît-elle les procédures à mettre en œuvre ? Les rôles sont-ils définis ? Les délais de reprise sont-ils identifiés ? Dans la plupart des cas, ces questions n'ont jamais été abordées.
Les cinq questions du PCA Learning
La plupart des responsables formation connaissent leurs indicateurs d'activité. Peu connaissent les réponses à cinq questions essentielles. Les données apprenants peuvent-elles être récupérées rapidement et intégralement ? Les contenus restent-ils exploitables en dehors de leur environnement d'origine ? Une solution alternative a-t-elle déjà été identifiée ? Les compétences internes nécessaires à une migration existent-elles toujours ? Combien de temps faudrait-il pour retrouver un niveau de fonctionnement acceptable ? Elles permettent d'évaluer la capacité réelle de l'organisation à faire face à une rupture majeure. Elles révèlent des fragilités invisibles dans les indicateurs habituels. Un dispositif très performant peut s'avérer extrêmement vulnérable. À l'inverse, une architecture moins sophistiquée peut offrir davantage de résilience grâce à une meilleure maîtrise de ses composants critiques. Ces questions constituent également l'un des fondements du Learning Sovereignty Index. Elles ne mesurent pas la qualité du dispositif. Elles évaluent sa capacité à résister à un choc.
Quand les fournisseurs deviennent des infrastructures
L'une des évolutions les plus marquantes de ces dernières années réside dans le changement de statut des fournisseurs. Ainsi, il y a dix ans, un LMS était souvent perçu comme un outil parmi d'autres. Aujourd'hui, il constitue fréquemment une infrastructure centrale concentrant les données, les parcours, les contenus, les reportings et les interfaces avec les systèmes RH. Le même phénomène concerne les « plateformes de compétences », les bibliothèques de contenus et les moteurs d'intelligence artificielle. Ces acteurs hébergent désormais une partie croissante du patrimoine numérique Learning. Cette situation crée une nouvelle dépendance. Elles n'ont pas encore compris que certains fournisseurs Learning occupent à présent une position comparable aux infrastructures critiques. Dès lors, la question de la continuité d'activité ne relève plus seulement des équipes techniques ou des achats. Bref : un sujet de gouvernance.
De la performance à la continuité
Après quinze années consacrées à la digitalisation et à l'expérience apprenant, l'attention pourrait se déplacer vers la robustesse des dispositifs. La question n'est pas de remettre en cause les plateformes, les fournisseurs ou l'intelligence artificielle. Ces technologies apportent une valeur considérable. La question consiste à comprendre jusqu'à quel point l'entreprise dépend d'elles. Les fonctions informatiques ont appris à mesurer leur exposition au risque cyber. Les fonctions opérationnelles ont appris à construire des plans de continuité. Les acteurs formation pourraient être confrontés à une évolution comparable. C'est précisément pour objectiver cette capacité de résilience qu'a été développée la notion de Learning Sovereignty Index (by Féfaur). Parmi les critères retenus figure une question simple : combien de temps faudrait-il à une organisation pour retrouver 80 % de sa capacité de formation après la disparition d'un fournisseur critique ? Car un écosystème Learning mature ne se définit pas uniquement par sa performance. Il se définit aussi par sa disposition à continuer de fonctionner lorsque l'imprévu survient.
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